Eric Barbier Mixité et pensée d’équipe

Mixité et pensée d’équipe ?

psychotherapeute et art therapeute à Rognes Eric Barbier

 

Mixité et pensée d’équipe ?

 

Polysémie des personnes, des situations, des problématiques et diversité, mixité des équipes, de la pensée des professionnels : Comment arrive-t-on à organiser notre pensée, notre structure commune interne pour accompagner celle des ados ?

Eugène Enriquez, psychosociologue (né en 1931) disait  … Ce n’est pas le projet réalisé qui importe, ce n’est pas son aboutissement, c’est plutôt ce qu’il permet de mise au travail d’une pensée d’équipe, le processus d’élaboration qui participe à la construction d’un objet d’équipe commun, tant externe qu’ internalisé. .

 

On peut alors se poser la question : Avons-nous le choix face à la multiplicité des situations ? Avons-nous d’autres solutions que de travailler ensemble ?

L’idée à partir de laquelle Espace Santé Jeunes a été construit visait le décloisonnement, le dépassement des paradoxes institutionnels qui apparaissent comme un frein à l’accompagnement des adolescents en souffrance : des professionnels d’institutions différentes (CMP, hôpitaux, PJJ, Mission locale, Conseil Général, Education nationale,…) font le constat que les questions complexes des adolescents nécessitaient des regards croisés. Chacun contraint par ses limites renvoie sur le professionnel qui lui apparaît le plus pertinent. L’accessibilité, le parcours de soin devient alors un enjeu tant pour les professionnels qui doit organiser l’orientation que pour le jeune qui doit être suffisamment « en état » pour aller plus loin dans sa démarche. D’où l’idée de rassembler les professionnels, leurs compétences, leurs champs d’intervention, sur un même lieu. Le partage des situations, la mutualisation des compétences, l’articulation des propositions de soin et d’accompagnement deviennent alors une histoire « interne ». De cette volonté, de ce projet commun de « travailler ensemble », naissaient la richesse mais aussi le risque de la mixité professionnelle.

La MDA13Nord prolonge et amplifie cette dynamique de travail en réseau auprès des jeunes. Développer une culture commune sur un territoire pour renforcer ce réseau de façon à contenir les adolescents les plus en difficultés est un enjeu constant. Il est, pour la MDA, le garant de la qualité des accompagnements mixtes que nous proposons aux adolescents.
Or cette recherche de mixité (des genres, des statuts, des âges, cultures…), aussi riche soit-elle, ne comprend-elle pas aussi des risques pour les professionnels et par conséquent pour les adolescents que nous accueillons ?

Partager ses compétences, ses connaissances, ses outils au service de l’accompagnement d’un « sujet » commun. Dans quelles mesures cela peut-il rassurer, renforcer, permettre davantage d’enrichissement  de chacun ? N’y-a-t-il pas un risque d’inhibition des potentialités de chacun ?

Nous avons bien conscience que ce processus d’élaboration en commun est complexe parce qu’il est aussi, paradoxalement, l’espace de confrontations, de divergences, de risques, de craintes voir d’abandon.

Si on s’en réfère à la théorie du conflit socio-cognitif de P. Mérieu, la confrontation d’au moins deux points de vue conduit au développement cognitif. Il faut qu’il y ait désaccord entre les points de vue (conflit) et que ce désaccord soit dépassé pour aboutir à une nouvelle réponse qui sera commune. Deux déséquilibres s’opèrent : le premier inter-individuel (confrontation à des points de vue divergents donc prise de conscience de son propre point de vue) et le second intra-individuel (l’apprenant est amené à reconsidérer en même temps ses propres relations et celles des autres pour reconstruire un nouveau savoir). Ce qui correspond à l’assimilation et l’accommodation définis par Piaget. Aucun des points de vue ne doit être imposé ou abandonné. Ils doivent tous servir à la résolution. Le conflit aboutit alors à deux bénéfices : une solution plus adéquate au problème et une restructuration cognitive.

Ainsi, du bénéfice des professionnels, en découle celui du sujet concerné. C’est pourquoi, afin d’en garantir le projet, nous avons déployé des outils de pensée commune qui puissent contenir l’équipe pour élaborer en « sécurité ». N’est-ce pas aussi ce que nous cherchons à proposer aux adolescents ?
Plusieurs espaces sont ainsi à la disposition des professionnels pour construire et s’approprier un projet suffisamment partagé pour l’adolescent qu’ils accompagnent ensemble : groupe d’analyse des pratiques, supervision spécifiques, synthèses cliniques partenariales, comités techniques territoriaux, formations ouvertes à l’équipe élargie, forum annuel.

Prenons « les synthèses cliniques partenariales » pour illustrer notre questionnement.
Elles sont l’espace d’étude de situations complexes. Ici, chacun s’exprime sur ce qu’il peut apporter à la situation, la façon dont il peut aider le jeune, ce qu’il peut en somme « donner » à l’adolescent mais aussi aux professionnels avec qui il partage cette situation. C’est de cette mise en commun, que le sens  souhaité de l’accompagnement va être élaboré ; accompagnement que chacun va devoir s’approprier pour s’y impliquer et tenter de le rendre opérant pour le jeune.

Nous faisons le choix de parler d’accompagnement plutôt que de prise en charge. Il nous semble en effet, que l’adolescent que nous accueillons a, quelle que soit sa situation, des potentialités, des ressources avec lesquelles nous construisons notre proposition de soutien. C’est avec et à partir de ces capacités que les professionnels ont à mettre en commun. Et c’est bien l’adolescent qui révèlera l’efficience voir la réussite des propositions qui lui auront été faites.

En somme, l’idée étant, à travers les synthèses cliniques partenariales, de créer un espace de « communication » pour mobiliser l’énergie de chacun à travailler des propositions articulées plutôt qu’à questionner les compétences de chacun.
Ces espaces sont des temps de création qui mobilisent les capacités à inventer ; les propositions peuvent être originales, personnalisées, exceptionnelles. Si on s’affranchit des limites financières, contextuelles, institutionnelles, les seules limites de l’élaboration sont celles des professionnels. Il s’agit bien d’un travail systémique, où chaque professionnel, porteur de son cadre, de ses références, de son histoire, de ce qui le constitue, est considéré.
Cependant, une fois les positions partagées et discutées, un projet pensé doit être décidé. C’est alors le moment pour chacun de perdre et de gagner vis-à-vis de l’autre, en somme d’avoir appris, pour faire émerger un projet qui sera commun. Aucune proposition n’a, a priori, de prévalence sur les autres. A la MDA, le soin, le social, l’éducatif partage le même espace. C’est en termes d’articulation et de complémentarité que le projet va être décidé. Sera-t-il partagé par tous ? Nous avons plutôt, dans notre activité, l’expérience de recherche de consensus. C’est alors lui qui actera l’accompagnement défini en commun.

On peut percevoir, dans ce fonctionnement, dans cette façon de travailler, le coût qu’il génère pour les décideurs (encore faudrait-il s’assurer que le travail partagé coûte plus chère que l’isolement des professionnels et des prises en charge ?), pour les institutions, mais surtout pour les professionnels qui y participent. L’observation de cette organisation laisse à penser que le coût (disponibilités, implication, collaboration, risques psychologiques, cognitifs, …) de ce partage au profit du « sens » qui anime les professionnels de la relation d’aide est moindre par rapport à la richesse que chacun en retire, considérée comme garante de la pertinence de l’aide et du soutien apportée à l’adolescent et/ou à sa famille.

Pour vous donner un exemple de projet pensé en commun, nous vous proposons une vignette clinique : jeune fille de 11 ans avec TCA ( à développer lors de l’atelier).

Propositions thérapeutiques actées lors de la synthèse :

-proposition de groupe avec médiateur photographique animé par un couple thérapeutique
-proposition en systémie pour traiter de la problématique familiale
-proposition d’accompagnement autour de l’alimentation pour travailler sur l’objet de la plainte.

Les professionnels ont élaboré ces différentes propositions en tenant compte des potentialités du jeune et de sa famille.

A travers cette situation, les professionnels et à sa famille se sont organisés, avec leurs mixités, leurs diversités, pour proposer à cette adolescente un accompagnement suffisamment contenant, cherchant à ne pas reproduire ce qui est en œuvre au sein de la famille. Chacune des propositions a du sens, permet de répondre en partie à la problématique de cette jeune fille et articulées entre elles, elles deviennent une réponse thérapeutique globale.

 

En conclusion et afin d’ouvrir le débat, à travers la mixité que nous souhaitons et que nous organisons au sein de la MDA, pour les adolescents et les familles, est-ce, de façon plus large voir universelle, un modèle de « vivre ensemble » que nous souhaitons promouvoir ?
Les liens professionnels que cela suppose, et les difficultés parfois à les établir ne sont-ils pas le miroir des liens familiaux  avec lesquels nous travaillons ?

 

 

psychotherapeute et art therapeute à Rognes Eric Barbier

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